Aujourd'hui, un billet sur la ligne Attila car quand vous le lirez, je l'aurai franchi (quelques impression en photos dans un prochain article).
Un petit retour s'impose.
Depuis juillet 1974, Chypre est coupée en deux par une ligne de démarcation, appelée " ligne verte " (ou " ligne Attila " pour les Turcs). Au Sud, la République de Chypre abrite la communauté chypriote-grecque (environ 700 000 habitants). Au Nord, la République turque de Chypre-Nord (RTCN), qui n'est reconnue que par la Turquie, abrite les chypriotes turcs (environ 200 000 habitants, la plupart étant des colons turcs en provenance d'Anatolie).
Nicosie-Nord, côté "turc", les quartiers qui bordent la ligne verte sont majoritairement peuplés par des colons turcs venus du plateau d'Anatolie. Ankara les a volontairement fait venir dans le nord de Chypre pour coloniser le territoire après l'opération Attila de 1974. Ils vivent aujourd'hui dans des conditions difficiles et habitent les vieilles maisons en ruine à proximité de la ligne de démarcation militaire. Cette arrivée massive de colons turcs - près de 110 000 depuis la partition de 1974 - a crée des tensions avec les Chypriotes turcs originaires de l'île. Ces deux populations, aux différences culturelles, religieuses et économiques marquées, cohabitent tant bien que mal dans la partie nord de l'île. Les colons turcs constituent également une bombe démographique à retardement pour l'avenir de Chypre en raison d'une natalité galopante par rapport aux Chypriotes turcs et grecs de l'île. Au train où vont les choses, ils pourraient être majoritaires sur l'île dans vingt ou trente ans.
Dans les quartiers nord-est de Nicosie, côté grec, les rues sont calmes. Les habitants qui vivent à proximité de la ligne de démarcation militaire se font rares. Dans cette partie historique de Nicosie-Sud, plusieurs milliers de chypriotes grecs vivent à proximité de la ligne verte qui coupe la ville en deux depuis la partition de 1974. Véritable enchevêtrement de barbelés et de tours miradors, " la ligne verte " impose sa présence et semble avoir arrêté le temps. A chaque coin de rues, de nombreux postes d'observation, gardés par de soldats de la Garde nationale chypriote grecque, marquent la limite à ne pas franchir. Par endroit, des barbelés, des sacs de sable et des bidons blancs rappellent la réalité de la partition et sur les murs ou les baraquements militaires, les couleurs du drapeau grec sont peintes en gros.
Au poste d'observation de Ledra Street, situé à l'extrémité de la vieille ville, les soldats sont de jeunes chypriotes grecs qui effectuent leur service militaire pour une durée de 24 mois. Ils sont chargés de surveiller la ligne verte et d'empêcher les habitants de franchir illégalement la frontière en traversant la zone de sécurité.
A Ledra Palace, principal point de passage entre le Sud et le Nord de l'île depuis l'ouverture des frontières en avril 2003, les chypriotes grecs et turcs sont autorisés à traverser la ligne verte. La traversée s'effectue au milieu de la " Buffer Zone " (BZ), la zone de sécurité (ou zone tampon) instaurée en 1974 par les Nations Unies. Cette " Buffer Zone " est un véritable no man's land, une zone démilitarisée où le temps s'est arrêté il y a trente ans. Des maisons en ruine, des traces de tirs sur des murs défoncés et une partie des vieux remparts vénitiens qui encerclaient jadis Nicosie, voilà ce que peuvent voir les chypriotes en passant d'un poste d'observation à un autre.
Illustration d'une situation envenimée et complexe :
Les articles ne manquent pas sur le web, les versions partisanes non plus (certaines vantent le génocide turc par les grecs cf. le très joliment dénommé www.greekmurderers.net - Ames grecques sensibles s'abstenir)

Changement de décor. A l'aéroport international de Nicosie, à quelques kilomètres du centre de Nicosie, le temps s'est arrêté en août 1974, lorsque les Turcs et les Grecs se livraient encore des combats acharnés pour s'emparer de ce site stratégique. Un avion de l'ex-compagnie nationale Cyprus Airlines gît depuis 30 ans sur le tarmac de l'aéroport, les ailes criblées de balles et rouillées par l'usure du temps. A l'intérieur de l'aéroport international, des affiches de publicité datant de l'été 1974 figurent toujours sur les murs, dans un no man's land indescriptible. Contrôlé aujourd'hui par les Casques bleus, cet aéroport est au cœur de la " Buffer Zone " (BZ), entre les deux lignes de démarcation chypriotes grecque et turque. Interdit d'accès depuis la partition de l'île, seules les soldats des Nations Unies sont autorisés à y patrouiller pour s'assurer du respect du cessez-le-feu.
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